« Ava » (2017) de Léa Mysius (en audiodescription)

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Noée ABITA dans Ava de Léa Mysius.

Il y a des films qui vous happent dès leur bande-annonce, ça a été mon cas pour Ava de Léa Mysius, découvert grâce à mes petites recherches pour le récap’ de la semaine des programmes en audiodescription au cinéma. (Cliquez sur l’hyperlien pour en savoir plus) Riche de ma découverte,  j’ai voulu la partager avec ma moitié malvoyante parce qu’il était diffusé en audiodescription et là, badaboum… la magie n’a pas opéré. J’étais emballée, lui, beaucoup moins, un peu frileux devant un film sélectionné au festival de Cannes.  (Eh oui, ça arrive.) Mais, après un brin de persuasion, nous voilà tout de même franchir les portes du cinéma Le Zola.

L’avantage d’un cinéma de proximité : son accueil !

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Vue de la salle du cinéma Le Zola depuis l’écran. Avis aux amateurs, ces fauteuils bleus sont très confortables ! Crédit photo : Cinéma Le Zola

Arrivés au guichet, déjà première bonne surprise : le matériel d’audiodescription (casque et boitier) était sur place, derrière la caisse et ça, c’était vraiment priceless. Pas d’attente (relativement) longue, comme, par exemple, pour aller voir Doctor Strange à l’UGC de la Part-Dieu en novembre dernier. Mise à part l’accessibilité directe du matériel, autre qualité non négligeable : le contact humain ! J’ai trouvé l’attitude du guichetier particulièrement aimable et prévenante. Un souci avec le matériel ? Ne pas hésiter à le prévenir ! Il n’y a eu aucun souci et l’audiodescription était, selon Monsieur, de qualité. Nous étions une dizaine à l’intérieur de la salle sur les 241 personnes que le Zola peut accueillir. Le silence pendant la projection mis à part les rires (comprendre les miens) a tout de suite agréablement participé à l’ambiance du film.

Décryptage de la séquence d’ouverture d’Ava.

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Premier aperçu du visage du personnage d’Ava à l’écran en plan rapproché.

Cette ambiance est installée dès les toutes premières secondes du film et là, le travail musical de Florencia di Concilio est très intéressant, je trouve. Il y a un contraste fort et déstabilisant, presque coup de poing, entre l’image et la musique dans cette séquence (et dans tout le film). Plan large sur une plage irradiée par le soleil, bondée et bruyante où l’apparition d’un magnifique chien noir, plein de malice qui circule librement entre les vacanciers, déclenche une musique très inquiétante. C’est là que le spectateur rencontre Ava, allongée nonchalamment, une barquette de frites à peine entamée sur le ventre que le chien va s’empresser de dévorer. Rires de la salle. Normal.

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Au premier plan, Ava est allongée, assoupie, sur une berge. Une barquette de frites est posée sur son ventre. Elle porte un maillot de bain tricolore : rose, bleu clair et bleu marine avec des brettelles blanches. Au second plan, un chien noir s’approche d’elle. Des vacanciers sont installés sur les berges et sur la plage. Crédits photo : Unifrance.

Et là, toute la symbolique du film se dévoile. On va l’apprendre plus tard à demi mots puis très clairement, Ava est atteinte de rétinite pigmentaire, une maladie évolutive qui conduit progressivement à la cécité après la perte de la vision nocturne et le rétrécissement du champ visuel. Dans cette scène, rien ne laisse penser qu’Ava est malvoyante même si elle a l’air un peu hagarde et peu sûre d’elle-même. Les joies de l’adolescence, voilà tout. Sauf que ce chien noir a tout l’air d’être de mauvaise augure et la musique nous le fait bien sentir. Fortement. Pour Ava, eh bien, ce n’est qu’un chien et en bonne ado de treize ans, elle annonce à sa mère en rentrant qu’elle veut un chien ! Ce chien, elle l’aura coûte que coûte en le volant à son propriétaire, un jeune vagabond, Juan, poursuivi par les autorités. Là, commence son voyage initiatique. Selon moi, ce chien a tout l’air de représenter la progression de sa maladie, cette obscurité invasive qui va l’accompagner tout au long de la narration et en même temps, son ticket pour la liberté. Pour des premières et des dernières fois.

Un film aérien et onirique.

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Ava est dans son char à voile. Elle porte des lunettes de protection. Elle lève les mains, le pouce et l’index écartés pour mesurer son champ de vision. Crédits photo : Unifrance.

Beaucoup de critiques, excellentes d’ailleurs comme celle de Vues intérieures (blog que je vous recommande vivement), qualifient ce film de solaire. Film estival oblige, le soleil est partout et le beau travail de la photographie de Paul Gilhaume s’en ressent. On jongle beaucoup entre luminosité accrue et clair-obscur et là, bien sûr, le parallèle entre la vie d’Ava et le travail visuel est évident. Personnellement, c’est son coté aérien qui m’a séduit. Par exemple, le geste tout en grâce et rondeur que fait Ava avec les mains pour mesurer son champ de vision alors qu’elle pivote sur son char à voile. Ou encore, les vagues contre lesquelles elle se bat, les yeux bandés et totalement nue, pour, je cite, « s’endurcir ». Ou encore, ce toit sur lequel elle monte, toujours aveuglée et une canne improvisée entre les mains, défiant la gravité et les nerfs du spectateur.

Qui dit parcours adolescent, dit rêves et cauchemars. Tout le film est baigné d’onirisme, digne des films de Luis Buñuel.  Moi qui suit une petite nature au cinéma, j’ai frissonné devant plusieurs scènes où les cauchemars d’Ava sont mis en scène et stylisés. Ces moments étaient vraiment inconfortables tout comme ceux où des figures de l’autorité apparaissaient à l’écran: la mère qui m’a semblé très antipathique, la police à cheval cuirassée et surtout la descente policière très musclée dans un camp de gens du voyage. Vous pouvez regarder cette interview de la réalisatrice ci-dessous où elle explique entre autres le lien entre son film et la montée de l’obscurantisme :

Quel regard sur la malvoyance ? 

Et la malvoyance dans tout ça ? Son traitement m’a paru à la fois très subtil et incomplet. Subtil parce que vu principalement en première personne grâce au jeu fantastique de Noée Abita qui dégage une présence folle et une sensualité dévastatrice. Certains crieront à l’impudeur (mon voisin de séance, le premier) mais c’est justement ce coté impudique qui change du traitement mélodramatique, tire l’œil de certains films sur la cécité. Alors, oui, on voit quelques paires de seins mais, l’adolescence sans la découverte de son intimité n’a pas beaucoup de sens. Ava perd progressivement la vue mais elle n’a rien d’une coquille vide. Au contraire, elle s’épanouie justement l’été où elle perd la vue. C’est un personnage légèrement immoral (elle se qualifie elle-même de « méchante » et le film confirme sa malice d’ado) et, j’aime ça. Au même titre que Lucien dans le roman Look de Romain Villet (dont je vous reparlerai très vite sur Ecoute & BRAILLE), les aveugles n’ont pas à être toujours lisses et angéliques dans la fiction.  Ava vit une transition dans sa vie : entre l’adolescence et la vie adulte mais aussi entre une vie banale et une vie totalement folle et romanesque. 

Pourquoi un traitement incomplet alors ? A la sortie de la séance, j’étais un peu frustrée de la durée du film qui m’a paru passer vraiment vite. Fin ouverte oblige, le spectateur est laissé là, sans réponses. Si Ava dit qu’elle a peur de n’avoir vu que de la laideur avant de perdre la vue, la laideur et la violence de certaines scènes m’ont fait un peu le même effet. En fait, je me suis posée beaucoup de questions : pourquoi Léa Mysius a t-elle choisi ce thème comme premier film après plusieurs courts-métrages (qu’il me tarde de voir) ? Pourquoi une métaphore et pas un film réaliste, « naturaliste » comme elle l’entend ?

En fait, quelque part, je préfère me souvenir de ce film en pensant à la scène où Ava danse sur « Sabali » (à écouter ci-dessus), le sourire aux lèvres plutôt qu’à la scène chez l’ophtalmologue, purement réaliste qui m’a paru étrangement fausse et douloureuse.

La beauté sauvera le monde. 

Cette phrase emblématique de L’Idiot de Dostoievski résume assez bien ce film et l’impression que j’en ai eu.

Ava est encore à l’affiche dans 193 cinémas dont le Lumière Fourmi (Lyon), Le Club à Grenoble avec audiodescription et le cinéma Les Alizés à Bron sans audiodescription. Courez aller le voir et si c’est déjà fait, n’hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires ou sur la page Facebook du blog !

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Affiche officielle d’Ava. Description. Au centre, en plan rapproché, une adolescente, Ava, pointe une fusil en direction du spectateur. Son corps est couvert d’argile, à part le contour de sa bouche et de ses yeux, légèrement plissés. Ses cheveux noirs sont relevés en chignon et deux branches lui font office de cornes. Derrière elle, l’azur du ciel et de l’océan illuminent la scène.

Fiche technique. Sorti en France le 21 juin 2017, Ava est le premier long-métrage de Léa Mysius, lauréate du prix SACD de la Semaine de la Critique 2017. Nommé au Festival de Cannes 2017 (Caméra d’Or). Avec Noée Abita (Ava), Laure Calamy (la mère d’Ava), Juan Cano (Juan) et Valentine Cadic (la serveuse/la mariée). Film produit par F Comme FilmTrois Brigands Productions et distribué par Bac Films Distribution. D’après un scénario de Léa Mysius et Paul Gilhaume (aussi directeur de la photographie). Musique : Florencia di Concilio. Durée : 1h45.

Vu au cinéma Le Zola : 117, cours Emile ZOLA à Villeurbanne. Accès : Métro A – Arrêt « République Villeurbanne ». Le cinéma se trouve à 10m de la sortie du métro, direction Vaulx-en-Velin La Soie. Préférez la sortie par l’escalator en tête de quai et tournez à droite.

 

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