#Audiodescription « I-A » de David Mambouch, Olivier Borle & Le Théâtre Oblique (Théâtre des Clochards Célestes)

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Les lettres blanches I-A en gros caractères se détachent sur un fond noir et blanc où le texte du début de la pièce de David Mambouch est écrit.

Walk Out. Marcher dehors. Sortir de là. S’en sortir.

Jouer sur les mots et la langue, je crois que c’est la seule certitude non artificielle qu’un spectateur pourra décemment exprimer sur le texte de David MambouchI-A, mis en scène avec une infinie précision par Olivier Borle pour le Théâtre des Clochards Célestes en étroite collaboration avec Le Théâtre Oblique, « compagnie associée » cette saison.

I-A est le fruit d’une commande et franchement, le résultat est d’une telle finesse à la David Lynch qu’on peine à croire comment tout tient debout. En quête de sens, j’aurai aimé pouvoir comparer cette pièce avec Premiers pas : Walk Out, autre collaboration entre les deux hommes au TNP en 2013 et qui, d’après ce qu’Olivier Borle a pu nous confirmer avant la représentation, en est à la fois le point de départ et plus rien de semblable. Seule reste cette expression « walk out » dans le texte, scandée par la bluffante Jessica Jagnot qui tient le rôle titre d’Amina et l’étrange médecin/figure paternelle que joue Clément Carabédian. Dans un question réponse tragi-comique, ces deux-là ont repris les paroles de Suspicious Mind d’Elvis Presley, espèce d’hymne presque avoué de la pièce

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Une femme tourne la tête vers la droite. Elle porte une blouse bleue d’hôpital, une coiffe plastifiée et un masque à oxygène pendu au cou. Au second plan,, assis dans la pénombre, un médecin la regarde au travers de ses lunettes. Il porte un costume -cravate sous sa blouse et tient un carnet rouge. (Crédits photo : Stéphane Rouaud)

Même après une bonne nuit de sommeil et l’esprit reposé, difficile d’identifier Amina. Tantôt femme, enfant, marionnette ou bombe (sexuelle) à retardement, je ne sais pas qui elle est et c’est très bien comme ça. Je sais pourtant ce qu’elle n’est pas : une « intelligence artificielle ».

Ça, jamais.

Je m’explique.

Sa parole a beau l’air à la fois programmée et erratique, son parcours de vie fragmentaire, ses actions désordonnées, ce personnage a un vrai charisme, une chair à elle. Jessica Jagnot en a tout le mérite et ça n’a rien à voir avec les quelques moments où on la voit pratiquement ou entièrement nue sur scène. Inutile de s’offusquer. Ça participe au réalisme et aux effets de réel minces mais bien présents de la pièce, pourtant marquée par le genre de la science-fiction.

Ce texte m’a donné à voir des moments crus et violents, sans aucune artificialité et à la fois mis en scène de telle sorte que l’illusion est parfaite et que la violence est d’emblée mise à distance. On est complices de cette folie douce qui parcourt toute la pièce. Quand Amina/Jessica Jagnot apparaît comme dans un flash sur scène, recouverte d’aune fine couche d’argile pour couvrir sa nudité, c’est violent et à la fois extrêmement captivant. La manière dont son corps a pu être ballotté de sa position initiale (une vieille chaise) à une baignoire où des silhouettes étranges l’ont porté pour la laver comme une poupée de chiffon ou un mannequin de modiste fait partie des grandes images que ma mémoire n’oubliera pas. La tendresse du dénouement entre Amina et Aiman (Agnès Potié), deux facettes d’une même personne (peut-être) comme le suggère l’anagramme, en est une autre.

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Trois spectateurs, vus de dos, portent un casque pour entendre l’audiodescription de la pièce sur le point de commencer. Au fond, on aperçoit le décor : des chaises, une baignoire vintage en émail verte à l’extérieur, blanche à intérieur et une petite étagère industrielle où plusieurs objets sont posés : un verre, une boite de médicaments, un panier avec des habits à l’intérieur, une couverture et une radio.

Par contre, si cette représentation s’est avérée une expérience unique pour moi, c’est aussi grâce à un autre texte et une autre voix : celle de Fany Buy, l’audiodescriptrice d’I-A qui a accompagné le jeu des deux comédiennes et des trois comédiens : Jessica Jagnot, Agnès Potié, Clément Carabédian, Louis Dulac & Sven Narbonne. C’était une première pour nous au théâtre, plutôt habitués à l’audiodescription au cinéma et Fany a été remarquable. Pour les quatre déficients visuels présents dans le public le 25 octobre, I-A aurait été incompréhensible sans elle. Toutes les pièces n’ont pas besoin d’AD pour être accessibles à un public aveugle ou malvoyant et je vous en avais suggérées quelques unes au Théâtre des Clochards Célestes ici notamment. Mais pour le coup, le travail de Fany sert au texte très abrupt de David Mambouch et à la mise en scène extrêmement visuelle, stylisée et chorégraphiée d’Olivier Borle. Pour avoir eu un casque sur les oreilles, ainsi plongée dans la quasi même expérience que Flavian, Pascal, Christian & une dame à qui je n’ai pas été présentée, j’ai vraiment apprécié ce moment théâtral. On est totalement immergé, l’attention doit être constante et on apprécie d’autant plus l‘espace scénographique magnifié par le son et la lumière, signés respectivement par Louis Dulac, alias George sur scène, et Stéphane Rouaud. Le jeu des comédiens était d’autant plus tangible et émouvant que tout le reste faisait sens.

Autre privilège : avoir pu assisté à la découverte tactile du plateau et à la rencontre de tous les comédiens et du metteur en scène qui ont pu dire quelques mots, se présenter et mettre une voix sur un personnage. C’était très enrichissant et sympathique et je remercie toute l’équipe du théâtre, y compris Louise Vignaud, la directrice des lieux, extrêmement accessible et Charlotte Thouilleux, chargée de l’accueil, adorable de gentillesse. Tout le monde a été très disponible et chaleureusement ouverts. Aller au théâtre, c’est une expérience humaine avant tout  et je crois que nous étions en plein dedans.

Walk out, c’est donc peut aussi sortir d’un théâtre pour aller de l’avant, vers une certaine humanité qu’on a choisi de vivre pleinement, sans suspicion. N’est-ce pas, Amina ?

i-a-théâtre-oblique-clochards-celestes-borle-mambouchI-A de David Mambouch / Olivier Borle / Le Théâtre Oblique se joue jusqu’au samedi 28 octobre à 19h30 (vendredi) et 16h30 (samedi) au Théâtre des Clochards Célestes (51 rue des Tables Claudiennes près de l’arrêt de métro Croix-Paquet).

Tarifs : 9€/12€. 

Et ne ratez pas la bonne bière ambrée, nouveauté au bar du Théâtre pour un moment hautement convivial !

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