#RomanJeunesse « Louis Braille : l’enfant de la nuit » (1971) de Margaret DAVIDSON

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Plaque de la « rue Louis Braille. Professeur. (1805-1852) » à Villeurbanne (Rhône)

Louis Braille, c’est un peu une rock star chez les déficients visuels  et toutes celles et ceux qui sont sensibilisés aux questions d’accessibilité culturelle les concernant. En inventant le « braille », un système universel d’écriture, composé d’une cellule de six points saillants transcrivant l’alphabet français mais aussi la syntaxe, c’est tout un monde qui s’est ouvert aux aveugles au XIXème siècle. Ils leur était désormais possible non seulement de lire mais surtout d’écrire, de communiquer entre eux et d’accéder, enfin, à une bibliothèque digne de ce nom d’ouvrages adaptés à lire du bout des doigts.

Un roman jeunesse sur la vie de Louis BRAILLE.

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Couverture du roman

Louis Braille : l’enfant de la nuit de Margaret DAVIDSON, illustré par André DAHAN, est un roman biographique pour la jeunesse qui retrace la vie de Louis Braille de sa perte de vue à l’âge de 3 ans (suite à un accident dans l’atelier de son père) à sa mort, le 6 janvier 1852.  Même si le style d’écriture et les illustrations datent un peu, ce roman reste très abordable pour le jeune public  afin de connaitre une figure aussi emblématique que Louis Braille. Cela reste une ressource pédagogique intéressante pour les enseignant·es qui souhaitent sensibiliser leurs élèves en Enseignement Moral et Civique à la question de la différence en abordant la vie exemplaire de Louis Braille.

Ce roman est destiné à des enfants ou des élèves déjà bien engagés dans la lecture. Ce thème de la lecture traverse d’ailleurs toute l’intrigue puisqu’on suit le parcours de Louis Braille justement pour pouvoir lire et écrire comme tous les autres enfants. De son école de campagne à Coupvray (Seine-et-Marne) à l’Institut des Jeunes Aveugles créé par Valentin HAÜY (aujourd’hui connu comme l’INJA) et où il a lui-même  enseigné en tant que répétiteur et professeur de musique, rendre accessible la lecture et l’écriture aux aveugles devient une réelle mission pour lui.

Lire et écrire au XIXème siècle quand on est aveugle

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Statue de Valentin HAUY à l’Institut des Jeunes Aveugles. Debout, la tette penchée, il regarde un jeune écolier aveugle assis tendrement à ses pieds.

Avant l’invention du braille, les déficients visuels n’avaient qu’un accès très limité à la culture. Quand Louis a été scolarisé à l’Institut, la méthode des lettres en relief linéaire était appliquée depuis Valentin Haüy pour apprendre à lire aux jeunes aveugles. Les lettres étaient tissées sur du papier épais ce qui rendait la confection des livres très onéreuse et les donations indispensables pour constituer la bibliothèque de l’Institut. Très vite, Louis Braille a pris conscience de l’insuffisance de cette méthode. Si certaines lettres restent faciles à identifier du bout des doigts, certaines lettres comme le O, le Q ou le C pouvaient se confondre.

Peu économique et peu pratique, ce système de lettres en relief a rapidement été supplantée par « l’écriture nocturne » ou « sonographie »de l’officier Charles Barbier de la Serre. Initialement prévu pour l’armée afin de rédiger dans l’obscurité des messages codés à l’aide de points en relief, ce système permettait de transcrire des sons (les phonèmes) et non l’alphabet (les graphèmes). 

Seul inconvénient : impossible de transcrire les règles de ponctuation, la syntaxe et les majuscules, indispensables à l’écriture de livres. Louis Braille entreprit malgré les réticences de Barbier à simplifier cette méthode pour un usage plus large et plus complet. Si ce système suit une règle phonétique, Louis Braille propose d’en faire un code alphabétique et orthographique capable de transcrire les règles de ponctuation élémentaires. L’écriture musicale, domaine très important dans les apprentissages des aveugles à l’Institut, est elle aussi rendue accessible en points saillants.

Une invention difficilement acceptée par la société 

L’invention de Louis a eu du mal à convaincre l’opinion et particulièrement à l’Institut, notamment parce que le changement de méthode demandait aussi de réimprimer les ouvrages déjà adaptés et forts coûteux. De 1829 (date à laquelle Louis Braille rédigea « l’acte de naissance » du braille en exposant sa méthode dans un traité) , il a fallu attendre une vingtaine d’années pour que le braille soit officiellement reconnu en France. Le roman illustre assez bien cette transition difficile qu’a connu Louis Braille avant que son travail ne soit plébiscité. La figure de Dr Dufau, qui remplaça le Dr Pignier à la tête de l’Institut, en est l’une des raisons puisqu’il alla jusqu’à interdire l’usage du braille dans l’établissement au point de brûler tous les livres qui avaient été imprimés par Louis Braille lui-même. Les élèves continuaient à l’utiliser mais de manière clandestine dans les dortoirs pour communiquer entre eux.

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Le raphigraphe, une machine à écrire inventée en 1841 pour les aveugles. D’abord nommé « planche à pistons », le raphigraphe était constitué de dix pointes à ressort permettant de tracer des lettres en relief et, précurseur des imprimantes à aiguilles, il fut utilisé pendant plus de 50 ans avant que l’arrivée des machines à écrire spécialisées ne le détrône

Le roman se termine par la démonstration publique du système à l’Institut au moment de l’inauguration du nouveau bâtiment de l’école. Cet aboutissement sonne aussi les dernières années de la vie de Louis Braille, affaibli par la tuberculose. La fin reste optimiste puisque le roman se termine sur l’héritage de Louis Braille. L’invention d’une machine à imprimer le braille (en 1847) ou encore l’usage de plus en plus répandu du braille comme dans la première école américaine pour aveugles en 1858. Depuis, sa mort en 1852, les cendres de Louis Braille ont rejoint le Panthéon en 1950 en présence de nombreux aveugles, dont Helen Keller, 

Seules les mains de Louis Braille demeurent à Coupvray dans la tombe où il a été inhumé en 1852. Cette anecdote n’est pas racontée dans le roman peut-être afin de laisser une image glorieuse de Louis Braille au Panthéon pour les jeunes lecteurs.

Louis Braille : l’enfant de la nuit reste une lecture très  agréable pour le jeune public mais aussi pour les adultes. Je ne connaissais que vaguement l’histoire de Louis Braille et je dois dire que grâce à Margaret Davidson, j’ai appris beaucoup de choses sur la vie des aveugles au XIXème siècle et dans quelles conditions les aveugles pouvaient être scolarisés à l’époque.

Une belle lecture que je recommande grandement pour toutes et tous.

Où trouver ce roman ?

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Louis Braille : l’enfant de la nuit de Margaret DAVIDSON. Chez Gallimard, collection « Folio Cadet ».

Nombres de pages : 112 pages.

Dès 8 ans.

Disponible dans votre librairie ou sur Amazon au prix de 8€90.

Disponible sur Éole, la bibliothèque numérique en ligne de l’AVH ici (cliquer sur l’hyperlien).

 

 

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